"Adieu Rossignol..." préface

"Adieu Rossignol..." préface

"ADIEU ROSSIGNOL...."



Quand un féru de littérature rencontre un autre féru de littérature, qu'est-ce qu'ils se jurent...

De s'attraper l'un l'autre.

Moi, Eugène de Fonterelle, parachuté par hasard dans la Capitale des Gaules, je suis depuis peu Lieutenant de Police.

Et me voilà à courir après un "poète du sécateur" qui prend ses lectures pour la réalité!

J'aurais mieux fait de rentrer dans l'enseignement, ou pire...

Rester à Bordeaux à étiqueter les bouteilles du célébrissime "Château de Fonterelle".

# Posté le samedi 30 juin 2007 23:01

PROLOGUE: La vie au Château (1)

PROLOGUE: La vie au Château (1)
15 mars

"Non, non et non! Hors de question que je reprenne l'affaire familiale. J'ai deux autres frères qi, eux, se feront un plaisir de voyager au Japon et aux Etats-Unis pour vendre ton Bordeaux. En plus, je ne supporte plus ce château. Je m'y ennuie, j'ai besoin de me découvrir, de connaître le monde...C'est à dire voir ce qui se passe ailleurs que dans ce parc ¬superbe, entre-nous soit dit. Je veux aller vers les gens, leur parler, leur transmettre mes passions...Bref, bien vivre ma vie et non celle que l'on voudrait me faire vivre. Père, je m'en vais".

Alors maintenant que mon discours est prêt, je dois assumer et affronter. Choisir le moment, la situation adéquate, l'endroit...De préférence, pas trop loin de la porte d'entrée pour préserver la collection de céramiques romaines de Maman et surtout pour pouvoir prendre mes jambes à mon cou à la première réaction du patriarche qui, à mon avis, ne me laissera pas le loisir d'aller jusqu'au bout de ma prise de parole.
D'ailleurs ici, on ne prend jamais rien. "La parole est d'or, le silence est d'argent". C'est là que le bât blesse. Chez nous, le silence est de diamant. Pourquoi s'embarasser de mots quand un "oui" suffit? Le "Père" est même de trop...On se contente donc de "oui", "non", de petites onomatopées, de sourires volés... Et à table, on respire par les yeux. Remarquez, c'est la meilleure façon de ne pas engendrer de maigrichons.: "Tu vas voir que c'est la grappe qui va finir par le porter! Y a qu'ses yeux qu'il muscle avec ses putains de livres!"

Voilà mon malheur...Moi, Eugène de Fonterelle, aîné de deux amibes de 98 et 111 kilos, je ne fais vraiment pas le poids, le mot est faible, avec mes 71 kilo pour 1,84 mètre.

Non, je ne supporte pas les orgies des vendanges. Non, je ne supporte pas les plaisanteries grivoises que ma soeur subit, dans l'unique espoir de se faire culbuter dans les caves, car, fiançailles obligent, dans toute bonne famille catholique qui se respecte, rien avant le mariage, c'est-à-dire dans deux ans. Et je la comprends, la pauvre Eléonore, condamnée d'aller jouer les potiches au bras de Louis-Henry, que je suppose être friand plus de voile que de moteur. Donc, première mission pour lui, proccréer puis virer toutes les bonnes...tellement plus virils ces hommes en livrée que ces bécasses avec leur tabliers en dentelle et leurs coiffes ridicules...

On appelle ça un mariage de convenance. Père réussira à récolter un petit titre à accoler à sa particule. Parce que, ce que personne en sait, c'est que notre "de" Fonterelle est né d'une inscription sur le registre faite à la naissance arrosée d'un de mes aïeux, simple vendangeur qui, au pressoir, jeta "involontairement" le seigneur du domaine de l'époque.
Quant à l'autre "mignon" ( plus approprié dans son cas que "lopette") le quart des terres lui permettra de restaurer ses écuries et donner de généreux pourboires à son nouveau personnel...

Mais je m'égare, je m'égare, et avant tout, je me permets de vous présenter mes excuses sur les futures digressions qui apparaîtront tout au long de mon histoire.

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 07:48

Modifié le dimanche 01 juillet 2007 11:33

La vie au château (2)

La vie au château (2)
J'aurais bien mis ma soeurette au secret, malheureusement ¬et celà n'a rien de péjoratif en ce qui la concerne¬ soeurette rime avec simplette. Oh, elle peut sans aucun mal rivaliser voire surpasser mes frères mais elle n'a pas eu la chance comme eux de rentrer dans une "boîte à bac", lourdement financée par Père, pour qu'ils puissent être capables de former sans trop d'efforts une phrase avec un article, un sustantif, un verbe conjugué et un complément.
Que pouvait-elle bien faire avec une classe de seconde triplée? La voilà donc condamnée à rentrer dans la très select "jet-set" bordelaise. Une consolation tout de même, des orgies du meilleur goût, sponsorisées par la presse mondaine régionale.

En revanche, je parlerais volontiers de Maman.
Elle a très vite compris que je ressemblerai à tout, sauf à un propriétaire "terrien", que j'écrirais bien en deux mots mais je ne voudrais pas accabler notre si "pure" lignée.
J'adhèrerais plus à la Pléiade qu'à l'Histoire Universelle de l'Oenologie. Elle m'a aidé secrètement à financer ma bibliothèque, une "vraie", sans thèses finacières sur la montée en flèche du marché japonais, les fluctuations de la production des coopératives, sur la préférence des anglais pour le vin du Rousssillon: "Y connaissent que dalle au vrai pinard ces cons-là" comme dirait mon frère Edmond, ou encore le développement des cépages australiens: "ces trous du cul bouffeurs de Kangourous qui croyent qui vont nous enculer avec leur deux récoltes par an!", dixit Edouard, mon frère cadet.

Non, moi, ce sont les Lettres, les nobles Lettres. Père et ses discours dithyrambiques sur la saveur de ses crus était à cent lieues de s'imaginer que j'étais plongé dans ma thèse sur "Le génie selon Diderot". Voilà le pourquoi de ma décision: adieu le château, adieu Bordeaux.
Moi, le petit provincial, avide de culture et d'écriture, je monte à Paris.

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 11:52

Chapitre I : 8 janvier

Chapitre I : 8 janvier
"FONTERELLE! Bouge ton cul le tôlier t'attends"

J'en laissai tomber ma cigarette sur mon dernier rapport. Oui, c'est bien moi, Eugène.
Où suis-je? A Lyon. Je sais, je me trouve à 500 kilomètres de Paris mais ma thèse avance ici aussi vite qu'elle ne le ferait dans n'importe quelle autre ville. Et n'oubliez pas le principal, j'ai quitté le Domaine!
Effectivement, ma stratégie avait été la bonne. Alors que nous étions tous à table, je me suis soudainement levé et, arrivé vers la porte, j'ai déclamé mon discours. J'ai même pu le terminer car Père, en voulant se lever pour que je tâte un peu de sa canne, s'est vautré sur Edmond ¬le 111 kg¬ alors que je courais déjà comme un dératé vers la grille.

J'avais donc réussi. Enfin, presque...

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 12:05

Modifié le dimanche 01 juillet 2007 16:46

Premières impressions lyonnaises.

 Premières impressions lyonnaises.
Le verbe ne nourrit pas son homme, il lui faut des attributs sonnants et trébuchants.
Je m'arrêtais donc à Lyon et, pour une somme modique, m'installai dans un deux pièces, place de la Baleine à Saint Jean ¬pour moi le plus bel endroit de la ville¬ berceau de Guignol.

Mais l'âme de ce quartier perd de sa superbe dès que l'on parle culture: c'est en fait la "Mecque" de tous les touristes qui descendent de la Basilique de Fourvière dès huit heures du matin. Les groupes se suivent et se ressemblent. Seule distinction, la langue du guide et la couleur de son parapluie haut tendu pour les brebis égarée. Et ce, à un rythme quasi militaire, ponctué par les cloches de la Cathédrale.

C'est encore supportable, quand on ne travaille pas sur place mais de fast-food en gardiennage ¬une très brève expérience, vu mon gabarit¬ je me suis improvisé professeur de français dans mon appartement. Le bonheur! J'avais recréé une petite salle de classe avec un vrai tableau en ardoise, récupéré dans une école désaffectée et quelques pupîtres amoureusement cirés. Je m'escrimais comme je le pouvais à faire rentrer dans quelques petites têtes blondes dont le QI devait friser celui d'une huître, les subtilités du subjonctif imparfait.
Et ce donc, au milieu de sonorités japonaises, allemandes ou anglaises qui montaient jusqu'à mes fenêtres. Soit, les vieilles pierres protègent de la chaleur. Il suffit de vivre dans la cage d'escalier...
Mes élèves, peu passionnés par la grammaire française, et à qui on demandait de surcroît la maîtrise de l'anglais, étaient plus intéressés par la phonétique anglo-saxonne, amplifiée par les chanteurs de rue. C'était donc bien en anglais qu'ils progressaient, alors que le Siècle des Lumières n'éclairait plus que moi...

J'en reviens à mon appartement. Modique vous ai-je dit pour la location...
Sachez qu'à Saint Jean, le travail en 3/8 est respecté à la lettre: touristes du matins, accompagnés par le vacarme des livreurs pour se retrouver midi et soir dans les bouchons. Bouchons? Oui, excusez-moi, il me faudra vous initier et au vocabulaire, et aux us et coutûmes de la Capitale des Gaules. Le bouchon donc. Un embouteillage mais au restaurant. Pas le moindre centimètre carré qui ne soit utilisé. Même les vestes sont suspendues au dessus de vos têtes, pas de place pour les portemanteaux. L'ambiance y est assurée, nul ne pourrait le nier. Mais en ce qui me concerne, c'est cette promiscuité que je trouve gênante: difficile de déguster une île flottante quand le voisin se débat avec son tablier de sapeur ¬pied de cochon boulli¬ à l'odeur si particulière...

Dans l'après-midi, viennent se joindre aux étrangers des musiciens, plus ou moins en accord avec leurs instruments, des jongleurs et autres africains d'origine qui scandent des chants traditionnels au rythme de leurs jumbé.

Puis le soir, c'est une autre faune qui envahit le quartier. Beaucoup de fêtards font crépiter les boites de carte de crédits des discothèques et des pubs et plus tard dans la nuit voire au petit matin, rejettent dans les caniveaux le trop plein en liquide. Il s'en suit bien évidemment les balai des éboueurs qui montent et descendent de leurs camions en pestant et en insultant "Ces gros dégueulasses qui chient et pissent dans les poubelle...Oh putain viens voir c'te gerbe!".

Si l'on oublie ces petits désagréments, le quartier est très agréable.

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 17:20

Modifié le dimanche 01 juillet 2007 17:58